[Interview] Shooting 94

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Message par Jds2pac38 le Jeu 21 Jan - 18:46




- Peux-tu nous reparler de cette nuit au studio Quad Recording à Time Square ?
La nuit du shooting ? Bien sûr. Ron G est un DJ là-bas à New-York. Il m’a dit « Pac, je veux que tu viennes chez moi, poser un rap pour mes mixtapes ». J’ai dit « D’accord, je viendrais gratuitement ». Donc je suis allé chez lui, moi, Stretch, et quelques autres potes. Après avoir posé la chanson (Deadly Combinaison), j’ai reçu un message de ce mec, Booker, qui me disait qu’il voulait que je rappe sur Little Shawn’s Record. Mais ce gars j’allais le faire payer, parce que j’ai pu voir qu’il voulait juste m’utiliser, donc j’ai dit : « Ca marche, tu me donnes 7000$ et je ferai la chanson ». Il a dit : « J’ai l’argent. Viens ». Sur la route je me suis arrêté pour choper un peu de weed, il m’a envoyé un message sur mon pager : « Où es-tu ? Pourquoi tu ne viens pas ? » J’étais comme : « J’arrive mec, calme toi ».


- Connaissais-tu ce type ?
Je l’ai rencontré par l’intermédiaire de quelques personnes que je connaissais. Il essayait de faire un bizness régulier et tout ça, donc j’ai cru que je lui faisais une faveur. Mais quand je l’ai rappelé ensuite pour m’indiquer la direction à prendre, il a dit : « Je n’ai pas l’argent ». Je lui ai dit : « Si tu n’as pas la thune, je ne viens pas ». Il a raccroché, puis m’a rappelé à nouveau : « Je vais appeler André Harrell (Uptown Entertainment CEO) et faire en sorte que tu reçoives l’argent, là je vais te la donner de ma poche ». J’ai dit : « Okay, je suis sur le chemin ». Pendant que nous marchions vers l’immeuble, quelqu’un a crié du haut du studio. C’était Lil’ Caesar, le bras-droit de Biggie. C’est mon pote. Dès l’instant où je l’ai vu, toutes mes craintes concernant la situation étaient apaisées.


- Donc, tu disais que tu allais rentrer dans le studio…
Je me sentais un peu nerveux parce que ce mec (Booker) connaissait quelqu’un avec qui j’avais eu de grosses embrouilles. Je ne voulais pas le dire à la police, mais je peux le dire au monde. Nigel m’a présenté à Booker. Tout le monde savait que j’avais des soucis d’argent. Tous mes concerts ont été annulés. Toute ma thune issue de mes albums allait aux avocats ; Toute la thune de mes films allait à ma famille. Donc, je faisais ce genre de truc, rapper pour des mecs qui me payaient pour ça.


- Qui est ce type, Nigel ?
Je trainais avec lui tout le temps quand j’étais à New York pour faire Above The Rim. Il est venu vers moi. Il a dit : « Je vais te suivre du regard. Tu n’as pas besoin de nouveaux problèmes. Il voulait me « protéger » en quelque sorte.


- Ce Nigel ne se faisait-il pas appeler Trevor ?
Si. Il y a un autre Trevor, mais Nigel avait pris les deux alias, tu comprends ? Donc c’est avec lui que je trainais, je suis devenu proche de lui. J’avais l’habitude me m’habiller en baggies et baskets. Ils m’ont emmené faire du shopping ; C’est là que j’ai acheté ma Rolex et tous mes bijoux. Ils m’ont fait devenir mature. Ils m’ont présenté à tous ces gangsters de Brooklyn. J’ai rencontré la famille de Nigel, été à l’anniversaire de ses enfants, j’avais confiance en lui, tu vois ce que je veux dire ? J’ai même essayé de lui avoir une place dans le film, mais il ne voulait pas se faire filmer. Ca m’a tracassé. Je ne connais aucun nigga qui ne voudrait pas être dans des films.


- Pouvons nous revenir au shooting ? Qui était avec toi cette nuit là ?
J’étais avec mon pote Stretch, son pote Fred, et le ptit ami de ma soeur, Zayd. Pas mes gardes du corps ; je n’avais pas de garde du corps à cette époque. Nous sommes allés vers le studio, et il y avait un homme dehors en treillis de militaire, avec un chapeau baissé sur son visage. Nous marchions vers la porte d’entrée, il n’a pas levé mes yeux. Je n’ai jamais vu un Black ne pas se soucier de moi d’une façon ou d’une autre, me regarder soit avec jalousie ou soit avec respect. Mais ce type a juste regardé pour voir qui c’était, et a rebaissé sa tête. Ca ne m’a pas frappé sur le coup car je venais juste de fumer de la Chronic (weed de Los Angeles). Je ne pensais pas que quelque chose allait m’arriver dans le hall. Pendant que nous attendions d’être bippés pour monter, j’ai vu un mec assis à une table qui lisait le journal. Il n’a pas levé ses yeux non plus.


- C’était tous les deux des Blacks ?
Black dans leurs grands traits. Tout d’abord je me suis dit, ces hommes doivent faire partie de la sécurité de Biggie, car je pouvais dire qu’ils venaient de Brooklyn grâce à leur treillis. Mais je me suis dit ensuite, attends une minute. Même les potes de Biggie m’apprécient, pourquoi n’ont-ils pas regardé ? J’ai pressé le bouton d’ascenseur, me suis retourné, et c’est là que j’ai vu les mecs venir avec leurs flingues, deux 9 millimètres identiques. « Que personne ne bouge. Tout le monde à terre. Vous savez ce qui se passe. Déposez vos merdes (bijoux, fric) ». Je me demandais, que devrais-je faire ? Je pensais que Stretch allait se battre ; il était beaucoup plus grand que ces niggas. De ce que je sais à propos des méthodes criminels, c’est que si des niggas viennent vous voler, ils s’attaquent toujours au gros nigga d’abord. Mais ils n’ont pas touché Stretch ; ils sont arrivés directement vers moi. Tout le monde est tombé sur le sol comme des patates, mais moi j’étais figé. Ce n’est pas que j’étais brave ou quoi ; je ne pouvais simplement pas me coucher par terre. Ils ont commencé à me fouiller pour voir si j’étais armé. Ils ont dit : « Enlève tes bijoux », mais je ne voulais pas les retirer. Le Black à la peau claire, celui qui se tenait dehors à notre arrivée, était sur moi. Stretch était au sol, et le mec au journal tenait le gun pointé sur lui. Il disait à celui à la peau claire : « Descends cet enfoiré ! On s’en fout ! ». Je me suis mis à paniquer, parce que le type avait le flingue sur mon estomac. Tout ce dont à quoi je pouvais penser c’était mes « sacoches » (couilles). J’ai passé mon bras autour de lui pour enlever le flingue de ma direction. Il a tiré, le gun a voltigé et c’est là que j’ai été touché la première fois. Je l’ai senti dans ma jambe ; je ne savais pas que j’avais été shooté près de mes boules. Je suis tombé à terre. Dans ma tête tout me disait, Pac, prétends que tu es mort. Ca n’a rien changé. Ils ont commencé à me frapper, à me cogner. Je n’ai jamais dit « ne tirez pas », j’étais plus silencieux que jamais. Ils ont piqué mes affaires pendant que j’étais allongé au sol. J’avais les yeux fermés, mais je tremblais, parce que la situation m’a faite trembler. Ensuite j’ai senti quelque chose à l’arrière de ma tête, quelque chose de vraiment fort. J’ai cru qu’ils m’écrasaient, ou qu’ils m’avaient cogné avec le pistolet et qu’ils battaient ma tête contre le béton. J’ai vu du blanc, juste du blanc. Je n’entendais rien, je ne sentais rien, et je me suis dit, je suis inconscient. Mais j’étais conscient. Après j’ai cru retrouvé mes sens, je pouvais entendre des choses et voir des choses qui me ramenaient à la conscience. Ils me frappaient encore, et je ne pouvais de nouveau plus rien entendre. Ni voir quelque chose ; c’était juste tout blanc. Ils m’ont refrappé de nouvelles fois mais là je pouvais entendre et voir, j’ai su alors que j’étais à nouveau conscient.


- As-tu pu les entendre dire leurs noms ?
Non. Non. Mais il me connaissaient, ou ils n’auraient jamais vérifier si j’étais armé. C’est comme s’ils m’en voulaient personellement. J’ai senti qu’ils me frappaient et qu’ils me battaient ; Ils n’ont cogné personne d’autre. C’était genre « Ooh, enfoiré, ooh, aah » car ils tapaient fort. Donc je suis devenu inconscient, et je ne sentais pas de sang sur ma tête ni rien. La seule chose que j’ai ressenti c’était mon estomac qui me faisait vraiment mal. Le petit ami de ma sœur s’est tourné vers moi et a dit : « Yo, tu vas bien ? », j’ai répondu : « Oui, je suis touché, je suis touché ». Je me suis relevé et dirigé vers la porte, et une fois arrivé, j’ai vu une voiture de police qui squattait là. Je me suis dit « Uh-oh, la police arrive ». Alors nous avons sauté dans l’ascenseur pour aller en haut. Je boite et tout, mais je ne sens rien. C’est engourdi. Quand nous sommes arrivés en haut, j’ai regardé les alentours, et j’ai été effrayé par la putain de scène que je voyais.


- Pourquoi ?
Parce que André Harell était là, Puffy (Bad Boy Entertainment CEO) était là, Biggie… Il y avait environ 40 niggas sur place. Et tous avaient des bijoux sur eux. Plus de bijoux que moi. J’ai vu Booker, il avait cette expression sur son visage comme s’il était surpris de me voir. Pourquoi ? Je venais juste de le bipper en lui disant que j’arrivais. Lillte Shawn a commencé à pleurer. Je me suis demandé pourquoi Little Shawn pleurait-il, et pourquoi avais-je été shooté ? Il pleurait sans pouvoir s’arrêter, comme « Oh mon Dieu, Pac, tu dois t’asseoir ! » Je me sentais bizarre, pourquoi voulaient-ils me faire asseoir ?


- Parce que cinq balles venaient de te passer à travers le corps…
Je ne savais pas encore que j’avais été touché à la tête. Je ne ressentais rien. J’ai baissé mon pantalon, et j’ai pu voir la poudre du flingue et le trou dans mon Karl Kani (caleçon de marque). Je ne voulais pas le retirer pour voir si ma bite était toujours là. J’ai juste vu un trou et dit : « Oh merde. Roulez moi un peu de weed. » J’ai appelé ma copine, « Yo, j’ai été shooté. Appelle ma mère et dis lui. » Personne ne m’a approché. J’ai remarqué que personne ne voulait me regarder. André Harell ne voulait pas me regarder. J’avais été dîner avec lui quelques jours auparavant. Il m’a invité au lancement du New York Undercover, me disant qu’il allait me trouver un travail. Puffy se tenait derrière aussi. Je connaissais Puffy. Il savait combien de trucs j’ai fait pour Biggie avant qu’il ne le rencontre.


- Les gens ont-ils vu le sang sur toi ?
Ils commençait à me dire : « Ta tête ! Ta tête est en sang ». mais j’ai cru que c’était juste dû à un coup de crosse. Ensuite l’ambulance est arrivé, ainsi que la police. Le premier flic que j’ai regardé était le même qui avait témoigné contre moi dans le procès d’accusation de viol. Il avait un sourire en coin, et j’ai pu le voir regarder vers mes couilles. Il a dit : « Quoi de neuf, Tupac ? Comment ça va ? »
Quand je suis arrivé à l’hôpital Bellevue, le docteur était là « Oh mon Dieu ! » Je me suis dit, « Quoi ? Quoi ? ». Je l’ai entendu dire aux autres médecins, « Regardez ça. C’est de la poudre juste là ». Il parlait de ma tête. « Ici le trou où elle est entrée. Là par où elle est sortie ». Et quand il a dit cela, j’ai pu effectivement sentir les trous. Je me suis dit : « Oh Seigneur, je peux le sentir ». La situation me faisait tourner la tête. C’est là que j’me suis dit « Oh putain. Ils m’ont shooté à la tête ». Le docteur m’a dit « Tu ne sais pas à quel point tu es chanceux. Tu as été touché cinq fois ». C’était étrange. Je ne voulais pas le croire. Je pouvais simplement me souvenir du premier coup, ensuite tout était devenu blanc.


- A aucun moment tu ne t’es dit que tu allais mourir ?
Non. Je le jure devant Dieu. Pas pour faire genre le dur ou quoi. J’ai senti que Dieu prenait soin de moi depuis l’instant où les niggas ont sorti leurs flingues. La seule chose qui me gênait c’était Stretch et les autres qui reposaient sur le sol. Les balles n’ont pas fait mal. Rien n’a fait mal jusqu’à ce que je retrouve mes esrpits.
Je ne pouvais pas marcher, je ne pouvais pas me lever, et ma main était explosée. Je regardais les infos et il n’y avait que du mensonge me concernant.


- Parle moi de quelques nouvelles aux infos qui t’ont fait du mal.
La chose principale qui m’a ennuyé c’était ce mec qui a écrit cette merde, comme quoi j’avais prévu le truc. Que j’avais tout organisé, que c’était un coup monté. Quand j’ai lu ça, je me suis mis à pleurer comme un bébé, comme une bitch. Je ne pouvais pas le croire. Ca m’a tout simplement déchiré. Et aussi, les journaux ont essayé de dire que j’avais une arme et de la weed sur moi. Au lieu de dire que j’étais la victime dans cette histoire, ils faisaient comme si c’est moi l’avait fait.


- Et en ce qui concerne ces blagues disant que tu as perdu une de tes testicules ?
Ca ne m’a pas vraiment affecté, je me disais, rira bien qui rira le dernier. Parce que j’ai de plus grosses couilles que tous ces niggas réunis. Mes docteurs m’ont dit « Tu peux avoir des enfants ». Ils m’ont dit ceci la première nuit, après avoir été opéré. « Pas de problème. C’est passé à travers la peau ». Même chose pour ma tête. Dans la peau puis hors de la peau.


- As-tu beaucoup souffert depuis ?
Oui, j’ai des maux de têtes. Je me réveille hurlant. Je fais des cauchemards, pensant qu’ils sont encore entrain de me tirer dessus. Tout ce que je vois c’est des niggas avec des guns, et j’entends le mec dire « Descends cet enfoiré ! ». Puis je me réveille en sueur en me disant, merde, j’ai mal à la tête. Le service psychiatrie de Bellevue m’a dit que c’est le stress post-traumatique.


- Quand as-tu quitté l’hôpital Bellevue ?
J’ai quitté Bellevue la nuit suivante. Ils m’aidaient, mais je me sentais comme un projet de science. Ils ne cessaient de venir, regarder ma bite et tout, ce n’était pas une situation agréable pour moi. Et je savais que ma vie était en danger. Le Fruit De L’Islam était là, mais ils n’étaient pas armés. Ils étaient donc inutiles. Je savais à quel genre de niggas j’avais à faire.
Donc je suis parti de Bellevue et je suis allé au Metropolitan. Ils m’ont donné un téléphone et dit : « Tu es en sécurité ici. Personne ne sait que tu es ici ». Mais je savais que le phone sonnerait et que quelqu’un dirait « Tu n’es pas encore mort ? » Je me dirais, merde ! Ces enculés n’ont donc aucune pitié. Donc j’ai décidé de me gérer seul, et ma famille m’a enmené dans un endroit sûr, chez quelqu’un qui a réellement pris soin de moi à New York. Merci pour ça.


- Merci beaucoup de nous avoir accordé du temps.

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